IA, la fin des psy ?

L’autre jour, en début de séance, une patiente me dit d’un ton mi amusé, mi coupable :

“Avant de venir vous voir, j’ai demandé à ChatGPT si je devais quitter mon conjoint…”

Un autre, cadre en reconversion, m’explique :

“Je tape mes questions sur la vie de couple, sur comment comprendre les femmes… ça m’aide un peu, mais après je suis encore plus perdu.”

Ces confidences sont de plus en plus fréquentes.
Aujourd’hui, la première écoute n’est plus forcément un proche, ni un psy, mais… une IA.

Et c’est une vraie question : est-ce que l’IA va remplacer le psy ?

💡 Ce que l’IA peut apporter

Soyons honnêtes : je comprends l’attrait pour ce type « discussion ».
Les IA comme ChatGPT peuvent rendre service :

  • Elles offrent des pistes d’analyse, des explications claires sur les mécanismes de l’anxiété, des TOC, des schémas relationnels…
  • Elles donnent parfois des conseils de bon sens, qui aident à démarrer un changement concret : comment organiser ses journées, comment pratiquer une respiration pour calmer une montée d’angoisse…
  • Elles peuvent aider à préparer une séance, à formuler des questions, à mettre des mots sur un ressenti.

Pour certaines problématiques – organisation du temps, techniques de relaxation, informations pédagogiques sur un trouble – c’est un vrai plus : on a une ressource disponible tout de suite, partout, et gratuitement !

Je le constate : des patients arrivent mieux informés, parfois avec des hypothèses sur eux-mêmes, qui peuvent accélérer le travail thérapeutique.

🫂 Ce que l’IA ne pourra pas remplacer

Mais c’est aussi là que s’arrête l’IA…

Un processus thérapeutique, ce n’est pas juste des réponses.
C’est :

  • Un lien humain, avec de l’écoute, de la présence, du regard.
  • Un cadre sûr, où l’on peut déposer ce qui est confus, parfois honteux, sans crainte d’être jugé ou “corrigé”.
  • Une relation vivante, qui permet de revisiter des blessures anciennes, des attachements, des dynamiques relationnelles.

Aucune IA ne perçoit les micro-expressions d’un visage, ne ressent le silence lourd, ne propose un silence qui soigne.

Elle peut donner des “pistes” mais elle ne fait pas cheminer.
Elle ne vous accompagne pas quand vous êtes en larmes et qu’il n’y a rien à dire, seulement à être là.
Elle ne vous confronte pas non plus, avec justesse et bienveillance, quand vous tournez en rond.

C’est cela, la part profondément humaine de la thérapie.

⚖️ Ce n’est pas l’IA ou le psy, mais l’IA et le psy

Je suis convaincue que l’IA peut devenir un outil pour les patients comme pour nous, praticiens :

  • pour vulgariser, expliquer des concepts (ACT, analyse transactionnelle, schémas relationnels, etc.)
  • pour aider à structurer une réflexion
  • pour désangoisser entre deux séances, quand le thérapeute n’est pas joignable

Mais elle ne sera jamais le cœur du processus thérapeutique.

L’essentiel restera : un humain qui accompagne un autre humain dans un cheminement intérieur.

🌱 Je dis souvent :

“Ce n’est pas parce que vous trouvez des réponses en ligne que vous avez commencé le travail.
Le vrai travail, c’est ce qu’on fait ensemble, dans la relation, dans le temps.”

Alors oui, utilisez les IA comme des lampes de poche pour éclairer un chemin.
Mais souvenez-vous : marcher, trébucher, se relever, comprendre ce qui se rejoue – ça, c’est une aventure humaine, pas une base de données. ✨

Laisser un commentaire

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑