Pourquoi remettons-nous à plus tard ce qui compte vraiment ?
Si vous lisez ces lignes, c’est probablement parce que vous procrastinez… ou que vous en souffrez. Et vous êtes loin d’être seul·e !
Dans mon cabinet, c’est une problématique que j’entends très souvent : « Je ne comprends pas, j’ai envie de faire cette chose, je sais que c’est important, et pourtant je repousse tout le temps. » Puis vient la culpabilité, le jugement de soi, et parfois une forme d’abattement…
Et si on regardait la procrastination autrement ? Non pas comme un défaut de caractère, mais comme un système de protection, mis en place (souvent inconsciemment) pour éviter un inconfort intérieur. Je vous propose ici de plonger dans les coulisses de ce comportement, de comprendre ce qu’il vient raconter… et surtout, d’explorer des pistes concrètes pour en sortir.
Ce que la procrastination essaie (souvent) de nous dire
En séance, je remarque que derrière la procrastination, il y a rarement de la paresse. Ce qui se cache, c’est plutôt :
1. La peur de mal faire ou d’échouer
Quand l’exigence intérieure est très haute (« Il faut que ce soit parfait »), mieux vaut ne rien faire du tout que risquer de rater. C’est une stratégie de protection… mais à double tranchant.
2. Le regard des autres (et le nôtre)
Agir, c’est s’exposer. Même à nos propres jugements. « Si je fais ce truc, je vais me rendre compte que je ne suis pas si compétent·e que je le croyais. » Alors, on évite.
3. Des croyances héritées
On porte parfois, sans s’en rendre compte, des pensées limitantes très anciennes : « Je ne suis pas capable. », « Je n’ai pas assez de volonté. », « Je vais encore échouer. »
4. Un manque de sens ou de clarté
Quand une tâche n’est pas connectée à ce qui nous anime profondément, elle devient vite lourde et fade. Et si vous procrastiniez parce que, tout simplement, ce n’est pas (ou plus) aligné ?
Des mécanismes cognitifs qui jouent contre nous
Dans mon approche, je m’appuie notamment sur l’analyse transactionnelle, qui identifie certains messages intérieurs appelés drivers. Ils influencent puissamment nos comportements :
- Sois parfait·e → Le moindre faux pas devient insupportable.
- Fais plaisir → On se perd dans les attentes des autres.
- Sois fort·e → Demander de l’aide ? Inenvisageable.
- Fais vite → Tout doit aller vite… ou ne se fait pas.
Ces schémas peuvent devenir épuisants, voire paralysants.
Comment commencer à en sortir ?
Je vous partage ici quelques pistes que j’utilise en accompagnement, et que vous pouvez expérimenter :
1. Observer avec curiosité, pas avec culpabilité
Prenez un instant pour noter : à quel moment vous procrastinez ? Quelles pensées surgissent ? Quelles sensations dans le corps ? Mettre de la conscience, c’est déjà commencer à reprendre la main.
2. Accueillir l’inconfort (plutôt que le fuir)
Avec l’ACT (Thérapie d’Acceptation et d’Engagement), on apprend à faire de la place pour nos émotions, même désagréables. Il est possible d’agir même si vous ressentez du doute, de la peur ou de la tension.
Vous n’avez pas besoin d’attendre que tout soit aligné à 100 % pour avancer.
3. Clarifier vos valeurs
Demandez-vous : pourquoi est-ce important pour moi ? En quoi cette action est reliée à ce qui me tient à cœur ? Quand on reconnecte à ses valeurs, l’élan revient plus naturellement.
4. Détricoter les croyances qui freinent
Et si ce que vous vous racontez n’était pas (entièrement) vrai ?
Quelques questions utiles :
- À qui appartient vraiment cette voix (qui dit que je n’ai pas de volonté) ?
- Si je croyais le contraire, qu’est-ce que je ferais ?
- Qu’est-ce que je dirais à un ami dans la même situation ?
5. Faire petit, mais faire quand même
Un pas minuscule vaut mieux qu’un plan parfait resté dans la tête. Fractionnez les tâches, célébrez chaque micro-avancée. Le mouvement appelle le mouvement.
6. Chercher du soutien
Vous n’êtes pas obligé·e de faire tout ce chemin seul·e. En parler, être accompagné·e, c’est parfois ce qui permet de se remettre en route plus sereinement.
En résumé
La procrastination est un signal. Elle vous parle de ce qui se passe à l’intérieur : vos peurs, vos doutes, vos croyances. Elle n’est pas là pour vous punir, mais pour vous protéger – même si elle le fait maladroitement.
En comprenant ses ressorts, en vous reconnectant à ce qui vous anime profondément, et en avançant pas à pas avec bienveillance, vous pouvez retrouver de l’élan… et du plaisir à passer à l’action !