Et vous, à quels jeux psychologiques jouez-vous ? (1)

Marion manque de confiance en elle. Au moindre doute elle demande l’avis de son entourage. Le problème c’est que les autres en sont venus à lui dire ce qu’elle doit faire et ne pas faire, ceci pour tout un tas de sujets qui touchent à sa vie professionnelle et personnelle. Par moment Marion sature complètement et se fâche contre « les autres ». Elle leur dit « C’est bon maintenant, je suis grande, je sais ce que j’ai à faire ! Alors arrêtez de me dire ce qui est bon pour moi ou pas ; d’ailleurs je ne vous dirais plus rien !! ». Et elle part fâchée, laissant ses amis ou ses parents stupéfaits de sa réaction. Certains ressentiront à leur tour de la colère vis-à-vis de Marion. Quant à elle, une fois qu’elle sera calmée, elle ressentira de la culpabilité. [D’autres exemples de jeux au format vidéo en bas de l’article]

Le concept des jeux psychologiques vient d’Eric Berne, psychiatre et fondateur de l’analyse transactionnelle. Derrière cette théorie se trouve une réalité bien ancrée, qui en dit long sur notre façon d’être en relation avec les autres, et sur la psychologie des personnes impliquées.

Pour identifier les jeux psychologiques, Steve Karpman (disciple de Berne) a élaboré ce que l’on appelle aujourd’hui « le triangle dramatique de Karpman » : 3 positions autour du triangle – Victime, Sauveur, Persécuteur – illustrent le scénario relationnel auquel nous sommes tous susceptibles de contribuer.

triangle dramatique Karpman

Le « triangle dramatique » est un scénario pratiqué de manière inconsciente, qui peut se jouer entre plusieurs protagonistes, et qui peut aussi se répéter tout au long de la vie d’une personne s’il n’est pas conscientisé. Par exemple Marion aura besoin de prendre conscience du fait qu’elle a souvent une position de Victime, si elle veut sortir des tiraillements qu’elle vit entre « Je demande conseil » et « J’en ai marre qu’on me dise ce que je dois faire ».

Dans une relation, lorsque l’un des protagonistes opte pour un rôle du triangle dramatique, les réactions de l’autre protagoniste se déclenchent automatiquement à partir d’une position différente dans le triangle. C’est ainsi que vous pouvez vous retrouver pris de manière involontaire dans un échange ou une relation qui va vous laisser une sensation négative ou de malaise.

Marion est en position de Victime lorsqu’elle demande sans cesse des conseils. Ceux qui investissent beaucoup d’efforts à essayer de la conseiller sont en position de Sauveur, voire même en position de Persécuteur s’ils lui disent par exemple « Allez… encore une fois il faut que je t’aide à prendre une décision… ».

Les personnes qui sont prises dans le triangle dramatique se manipulent l’une l’autre sans s’en rendre compte. Jusqu’à ce que les rôles s’inversent subitement, lorsque l’un des protagonistes quitte sa position dans le triangle pour en prendre une autre. C’est le cas de Marion lorsqu’elle se fâche soudainement et envoie tout le monde promener. Elle passe ainsi de la position de Victime à la position de Persécuteur.surpriseCe « coup de théâtre » va laisser une sensation négative ou de malaise aux protagonistes.  Dans le cas de Marion, certains de ses proches – les plus volontaires, les plus patients avec elle – vont probablement ressentir de la colère à son égard, ou bien de la tristesse associée au sentiment qu’elle n’a aucune reconnaissance pour ce qu’ils font pour l’aider. Ce qu’Eric Berne appelait le « coup de théâtre » correspond au moment où les rôles s’inversent, le Persécuteur ou le Sauveur devient Victime et la Victime devient Persécuteur ou Sauveur.

Lorsque vous repérez qu’un échange vous laisse un sentiment négatif (colère, culpabilité, se sentir obligé de… etc.), demandez-vous si vous ne venez pas de vivre un jeu psychologique !

Quelle a été l’attitude de la personne avec laquelle vous avez échangé ? Sa position, ses demandes étaient-elles neutres ou bien teintées par l’une des positions du triangle de Karpman ? Vous-même, vous êtes-vous senti obligé de lui proposer votre aide ? La personne en avait-elle fait la demande ? Vous êtes-vous surpris à émettre une critique à son égard, avez-vous été tenté de vous plaindre ou bien de vous justifier ? La sensation qui vous reste après un dialogue, et les réponses à ces questions peuvent vous aider à repérer si vous avez été pris dans un jeu psychologique.

La plupart des personnes jouent à des jeux psychologiques, à des degrés plus ou moins élevés, avec un impact plus ou moins fort sur la relation et sur les personnes impliquées. Les jeux psychologiques auxquels nous nous livrons sont le plus souvent inconscients. La position initialement prise dans le triangle correspond à un besoin que nous cherchons à satisfaire. Par exemple derrière la position de Sauveur se cache souvent un besoin d’être utile, ou bien un besoin de reconnaissance. L’inconvénient de cette position est qu’elle maintient l’autre / les autres en position de Victime : Pour exister en tant que Sauveur je vais vers des Victimes, ou bien je maintiens les autres dans leur « non-autonomie ». Lorsque nous en prenons conscience, nous pouvons trouver d’autres moyens de satisfaire nos besoins, et entretenir des relations plus saines avec les autres.

L’un des meilleurs moyens de ne pas jouer est donc de connaitre le principe, et d’apprendre à repérer les jeux auxquels vous participez !

Dans un prochain article nous reviendrons sur la manière dont nous pouvons sortir d’un jeu psychologique. D’ici là, observez ce qui se joue dans vos échanges avec les autres 😉

 

Des exemples de jeux psychologiques

  • Le papa est en train de bricoler lorsque son fils surgit dans la pièce en disant « Papa, Papa, regarde le beau dessin que je t’ai fait ! ». Le père lève les yeux vers son enfant et se tape violemment sur les doigts avec le marteau ; il peste et lance à son fils « Regarde ce que tu m’as fait faire !! ». Papa se positionne en Victime et place son fils en position de Persécuteur. Or il pouvait choisir, soit de ne pas quitter des yeux ce qu’il était en train de faire, soit d’arrêter son geste avec le marteau. Cette attitude vis-à-vis de l’enfant peut l’amener à développer de la culpabilité.
  • Hélène : « Paul, je préfèrerais que ce soit toi qui fasses les comptes, je suis nulle pour faire ça… ». Et Paul fait les comptes ; pendant 5 ans, 10 ans… Hélène est alors en position de Victime (« Je ne suis pas capable de m’en sortir seule. ») ; Paul est en position de Sauveur (« Je peux bien aider Hélène en faisant les comptes, et puis je suis quand même l’Homme de la maison. »). Durant tout ce temps Paul devient le seul à faire les comptes à la maison ; se faisant il prend Hélène « en charge » et ne lui permet pas de développer son autonomie. Mais il n’en a pas conscience. Et puis un jour, dans une période où il est débordé de travail et très fatigué, il réalise qu’il en a assez de faire les comptes ; il dit à Hélène « Ecoute, j’en ai marre de m’occuper de la gestion du foyer ; tu pourrais t’y mettre un peu ! » Hélène répond « Tu n’y penses pas, je suis nulle, je vais faire des bêtises ! ». Et Paul explose de rage « Tu ne fais vraiment aucun effort ! Je ne suis pas aidé… Depuis le temps que je m’occupe de tout, et sans un remerciement en plus !! ». Hélène n’en revient pas d’un tel déferlement de colère. Paul est passé de Sauveur à Persécuteur ; Hélène est restée dans le rôle de Victime.

Quelques jeux présentés par Gérard Jugnot

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :