Comment (re)trouver du sens quand il n’y en a pas ou plus ? (1ère partie)

Vous est-il déjà arrivé de vous dire « La décision qu’on me demande d’appliquer n’a aucun sens, elle est complètement stupide… », ou bien de penser « Ce projet n’a aucun sens pour moi, il ne me correspond pas. », ou encore « Ce job ne fait pas sens pour moi, je ne m’y retrouve pas, mais je n’ai pas le choix… » ? Et de ressentir dans le même temps un manque de motivation pour aller de l’avant ?

Si tel est le cas, bienvenue dans la communauté des êtres humains motivés par le besoin de sens !! Ce qui concerne la majorité des êtres humains d’après Viktor Frankl, médecin psychiatre à l’origine de la logothérapie – la thérapie par le sens.

Tant que le sens est là tout va bien : on se sent motivés, inspirés, à sa place, on peut vivre des moments forts teintés d’un puissant sentiment de réalisation de soi.

Mais dès qu’il n’y est pas ou plus, on voit très vite poindre le manque d’envie et d’énergie… C’est un fait, produire des efforts, faire preuve de détermination, d’endurance, dans quelque chose qui n’a pas de sens pour nous, et bien cela n’a pas de sens ! En clair, ce n’est pas motivant. Bien sûr nous sommes capables de rester dans un job ou une situation qui n’a pas de sens pour nous, parce que nous y trouvons des avantages, par exemple le fait d’avoir un salaire à la fin du mois. Nous agissons alors à partir de notre capacité à nous adapter et à faire des efforts. Cela fonctionne bien sûr, mais qu’en est-il de notre satisfaction ? Nous sentons-nous accomplis lorsque nous mobilisons notre énergie à partir d’un sentiment d’obligation ou de contrainte ? Ou bien serions-nous naturellement plus épanouis lorsque nous avons le sentiment de réaliser quelque chose qui nous tient à cœur ? La réponse semble évidente.

« Travailler sans en avoir envie, ça n’est pas un travail qu’on fait, c’est une besogne. Et c’est à ces moments-là qu’on se rend compte à quel point l’on a peu de mérite à faire les choses qui vous plaisent. » disait Sacha Guitry.

Donner du sens à une décision, à une situation, à une activité, à un projet, et bien c’est (se) donner de l’envie. La question est alors celle du « Comment faire ? » : comment donner ou trouver du sens aux situations qui s’imposent à nous ou qui ne font plus sens pour nous ?

Petit zoom sur la notion de sens : de quel sens parlons-nous ?

Le « sens » répond à plusieurs définitions. Il peut être une explication, une orientation ou une direction, et aussi une raison (logos en grec), un motif, une signification.

L’enjeu de la motivation porte sur le logos : la raison pour laquelle je fais les choses, la raison que je trouve à appliquer une décision, le motif que j’associe à tous les efforts que je peux déployer, une conviction que ce que je vis a une signification.

A présent prenons une situation concrète, qui concerne l’activité professionnelle :

Récemment j’expliquais, à une vingtaine de personnes d’une grande entreprise, réunies autour du thème du leadership : « Si vous voulez agir de manière positive dans votre travail, si vous voulez avoir un impact constructif sur les personnes de votre environnement, alors il vous revient de donner ou trouver du sens dans un certain nombre de décisions, d’orientations qui s’imposent à vous et que vous n’avez pas choisies. »

Bien entendu, face à ma « provocation », les réactions n’ont pas manqué… J’ai ainsi été interpellée par un monsieur qui m’a dit « Ah oui, et comment je fais pour donner du sens à une décision stupide ??!! Tu vois, on est au mois de novembre, mon patron me demande de livrer un projet informatique au 31 décembre, en sachant qu’il n’est pas terminé et qu’il fonctionnera en mode dégradé pour le client. Mais il faut clôturer le budget, donc le projet, que l’on reprendra courant 2019 sous pression pour remettre la situation à flot ! Comment on fait dans cette situation pour donner du sens à l’équipe qui travaille sur le projet ? »

Si l’on se place dans ses chaussures, ce monsieur avait des raisons légitimes de ne pas voir de sens à la décision de son boss, et de réagir. De la même manière on imagine le manque d’entrain de la part des personnes impliquées sur le projet.

Dès lors que faire d’une situation qui s’impose à nous et que nous n’avons pas choisie ? Dans un premier temps j’ai proposé à cette personne de regarder l’impact que cette situation avait sur son attitude et sa volonté de sens, au travers de quatre questions :

  1. Qu’est-ce que tu penses de la situation ? Dans le cas présent mon interlocuteur pense que la décision est stupide. En réalité il juge que la situation est stupide. Le regard qu’il porte sur la situation est connoté de manière négative, ce qui peut se comprendre.
  2. Qu’est-ce que tu ressens dans la situation ? Ici la personne m’a dit être désabusée par l’empilement de ce type de décisions dans l’entreprise, et démotivée. Un sentiment d’incompréhension également.
  3. Quel comportement as-tu choisis d’adopter dans cette situation ? Ce monsieur avait choisi d’adopter une position de passivité, c’est-à-dire de laisser appliquer la décision, tout en manifestant occasionnellement sa désapprobation.
  4. Est-ce que tu acceptes la situation ? Ou bien est-ce que tu peux encore faire quelque chose pour la changer ? Dans le cas présent la personne s’inscrit dans une forme de résignation : « Puisqu’on m’impose cette décision, et bien allons-y ; de toute façon je n’ai pas le choix. » Dans le même temps la situation n’est pas acceptée comme une réalité qui est là, et à partir de laquelle il est possible de composer quelque chose de positif. La personne n’a pas encore conscience du fait qu’une réorientation constructive de son attitude, et de la situation, sont possibles. Quoi que… en arrivant à ce stade du questionnement, une étincelle s’était déjà produite !

Dans cet exemple on voit l’impact du manque de sens sur la motivation. On comprend aussi que ce monsieur, enfermé dans sa désapprobation d’une situation qu’il n’a pas choisie, n’a pas tout de suite envie d’y donner ou d’y trouver un sens positif, ni pour lui-même, ni pour les autres. Du coup il a le sentiment de subir, et toute l’équipe projet également… Pourtant, d’après Viktor Frankl, dans toute situation, l’homme reste libre de choisir son attitude face aux situations que l’environnement extérieur lui imposent. (Rappelons que Frankl a vécu les camps de concentration.)

A partir de là, LA QUESTION à se poser, en toute responsabilité, est donc : Ai-je envie de donner un sens positif à la situation que je vis ?

Face à cette question, qui peut être embarrassante parce qu’elle nous remet face à notre responsabilité, chacun a bien entendu la liberté de répondre non. Après tout nous sommes libres de choisir de continuer à bougonner, ou bien de rester dans notre colère et de faire ce que cette décision stupide nous impose de faire !

Lorsque la réponse est oui, alors une réflexion peut s’engager autour de « Quel sens positif cette situation peut-elle avoir ? Pour moi-même ? Pour les autres ? Pour nous en tant qu’équipe ? »

On en reparle bientôt ?!

[ Pour aller plus loin en ce qui concerne la logothérapie, je recommande la lecture du livre « Retrouver le sens de la vie » de Viktor E. Frankl ]

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